Non-lieux de l'Exil

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  • Dans ses définitions les plus communes, l’exil est le résultat d’une sanction, d’un bannissement, d’une condamnation à quitter sa terre. Qu’il s’agisse de fuir la menace d’une persécution, d’une déportation ou de la recherche d’un mieux vivre économique et social, l’exil est souvent implicitement associé au deuil de la patrie ou de la famille perdues, à la nostalgie de l’âge d’or qui l’aurait précédé, au sentiment de perte identitaire et de déracinement. L’exil s’articule selon des temporalités distinctes (pré-exil, exil, post-exil). Inventée au XXème siècle, la notion d’« exil intérieur », signifie en outre que le déplacement physique de l’ « exilé » n’est pas une condition sine qua non de sa mort politique et sociale. Enfin, l’exil peut être revendiqué comme une identité spécifique, ou comme une condition du multiculturalisme, c'est-à-dire patrimonialisé : il est ainsi possible, au sein des mémoires créées par les descendants d’exilés, « de nourrir la nostalgie d’un pays que l’on a jamais connu, d’éprouver le manque d’une langue que l’on a jamais parlée » (Alexis Nouss).C’est dire qu’à la fois notion ample et élément constitutif de toute pensée du lieu et du lien, l’exil n’est pas réductible à ses seuls aspects historiques et sociaux. Il paraît donc intéressant d’explorer ce qu’il recèle d’immatérialité, de « non-lieux ». L’exil peut en effet se percevoir dans la simultanéité d’un ici et d’un là-bas, de lieux concrets et de territoires métaphoriques. En ce dernier sens, les lieux de l’exil sont d’abord des non-lieux : espaces affectifs de l’ailleurs et de ses périphéries mouvantes, seuils éphémères entre témoignages et à venir ; mais aussi bien, ils sont des lieux nouveaux, espaces renouvelés par l’expression artistique, littéraire, dramaturgique ou musicale. Dans tous les cas, ces lieux / non-lieux singuliers engagent une façon d’être au monde, interrogeant distances et attentes, sensations d’incomplétude ou utopies de rassemblement, inventant des citoyens de nations sans frontières. Dans cette perspective, l’exil devient valeur et héritage, transmission d’un vécu constamment revisité et recomposé par une pluralité d’acteurs et d’expériences, de l’artiste au traducteur, de la photographie à la musique, en passant par l’écriture, le théâtre et le cinéma : que nous offrent ces images et imaginaires de l’exil ? Que se joue-t-il dans la permanence et la diversité de ces non-lieux ?
Identifier

10670/2.e50seg

ISSN
Organization

OpenEdition

Date

227 documents

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