L’injure et la voix dans le théâtre de Shakespeare

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Date

1999

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Malédiction Injure Voix

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Nathalie Vienne-Guerrin, « L’injure et la voix dans le théâtre de Shakespeare », Hyper Article en Ligne - Sciences de l'Homme et de la Société, ID : 10.4000/shakespeare.403


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Abstract En Fr

Even if insult can be conveyed by a gesture, an expression of the eye, a pause, or any other non-verbal way, most of Shakespeare’s insults are articulated through the voice. By their orality and theatricality, insults are part of the body’s language. Many metalinguistic comments in Shakespearean plays present insult as some kind of carnivalesque «roughmusic». Insults are «noisy», but they are also the rhetorically codified expressions of human passions. When situated within the context of a few prosodical rules, it is also apparent that music can be heard in these pejorative words. It seems that with insult the meaning of a word can actually retire before its sound. It is as if an insult serves as an oral analogue to the actions of the body, an analogue that in fact «re-sexualises» the voice. In the Shakespearean corpus, the art of insult is too multifaceted to be reduced to this single vision. Insults must be examined, individually, within the compass of a particular text. In this paper, I distinguish three modes of vocalisation : firstly, the word, and its meaning, can be eclipsed before the body and the corporeal sound it emits ; secondly, the sound can be subsumed by the power of a word and its meaning ; and, finally, I argue that dramatic action often appropriates the disparity between the meaning of the word and the way it is uttered, between what is said and the way it is said. More often than not, these ironic gaps facilitate comic interchange.

Si l’injure peut passer par un geste, un regard, un silence, bref par d’autres voix/voies que celle des mots, il est cependant évident que la plupart des injures shakespeariennes passent par la voix. Par son oralité et sa théâtralité, l’injure est par essence inscrite dans le corps. Le texte shakespearien véhicule cette dimension physique de l’injure à travers des commentaires qui transforment l’injure en une «rough music» carnavalesque. La voix de l’injure est bruit mais elle révèle également les passions humaines, notamment à travers une rhétorique du cri. Bruit et cri, l’injure est aussi musique dont on peut dégager quelques règles prosodiques. On peut alors se demander si le sens de l’injure ne disparaît pas derrière le son et la voix de l’injure et si l’injure n’est pas que manifestation corporelle, la voix subissant une resexualisation en devenant le prolongement du corps. L’injure shakespearienne est trop variée pour être réduite à ce schéma et ne prend tout son sens qu’au sein de chaque projet dramatique. Nous dégagerons trois modes essentiels de vocalisation de l’injure. Comme signifiant verbal et physique, l’injure semble produire un effacement du sens au profit de la signifiance. Mais nous verrons que Shakespeare sait aussi jouer sur l’effacement de la voix au profit du message, certaines formules injurieuses étant «gorgées» d’un sens qui devrait neutraliser la voix de l’injure. Enfin nous examinerons comment le dramaturge exploite les décalages ironiques entre voix et message, entre le dit et le dire, à des fins essentiellement comiques.

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