La monnaie, la politique et la possibilité d’un mode de développement à nouveau fondé sur le marché intérieur au Brésil et en Argentine

Abstract Fr En Es

Ce travail s’attache à discerner si l’accélération de la croissance grâce à une politique de redistribution et de demande en Argentine et au Brésil durant la dernière décennie signifie l’émergence d’un modèle de développement redonnant au marché intérieur le rôle moteur de la croissance qu’il eut avant la libéralisation. L’analyse est menée en termes de gouvernement de l’action collective. On étudie la formation des anticipations en tant qu’objet d’un gouvernement de promesses de revenus monétaires, adossé au pouvoir de persuasion des discours sur le modèle de développement. Les anticipations sont analysées à partir d’une conception de la monnaie comme fait symbolique, politique et économique. On les appréhende ainsi comme opération cognitive historiquement située que structure la triple propriété fonctionnelle de la monnaie à être : (i) une forme symbolique en tant qu’unité de compte dont l’acceptation repose sur un modèle de développement figurant une visibilité du long terme, (ii) une institution qui incarne le pouvoir politique de garantir un régime d’émission et de change dont la crédibilité détermine la visibilité à moyen terme, et (iii) une valeur de marché des moyens de paiement fixant à court terme celle des divers types de revenus perçus ou à percevoir. Cette analyse montre que l’opposition des choix d’un taux de change compétitif en Argentine et apprécié au Brésil, respectivement associés à une émission accommodante ou restrictive, reflète des agencements spécifiques des groupes d’intérêts qui impliquent pareillement un blocage de la transition à un nouveau mode de développement car ils sont dans un cas comme dans l’autre également soumis au pouvoir monétaire des créanciers dans l’arbitrage entre niveaux de fiscalité et d’endettement public, ce qui empêche tout changement de la structure de financement de l’économie et donc la progression nécessaire de l’investissement dans le secteur domestique.

The question asked in this paper is whether the acceleration of growth through a redistributive demand policy in Argentina and Brazil during the last decade means an emerging development model that would give back to the internal market the main growth impulse function it had before liberalization. The analysis focuses on the government of collective action. The making of expectations is studied as object of a governing system of monetary income promises, tied to the persuasive power of the discourse on the development model. Based on a conception of money as a symbolic, political and economic fact, the expectations are analyzed as a cognitive operation located in history, structured by the three facets of money: (i) a symbolic form as a unit of account whose acceptance is based on a development model driving a long-term visibility; (ii) an institution demonstrating the political power that guarantees an issuance and exchange regime in which credibility stands medium-term predictability ; (iii) a market value of means of payment defining in the short-term the value of the various types of income received or to be received. This analysis shows that the opposed choices of a competitive or appreciated exchange rate in Argentina and Brazil, associated respectively to an accommodating or restrictive monetary regime, reflect the agency of historically specific interest groups, both implying a gridlock in the transition to a new development model because they are still equally submitted to the monetary power of the creditors in the trade-off between taxation and public debt, which impedes changing the financing structure of the economy as well as sufficient increases in the investment in the domestic sector.

Este artículo trata de desvendar si el alza del crecimiento por vía de una política redistributiva de demanda en Argentina y Brasil en la última década significa la emergencia de un modo de desarrollo, de nuevo volcado hacia el mercado interno. El análisis plantea la cuestión en términos de gobierno de la acción colectiva. Se estudia la formación de las expectativas en tanto objeto de un gobierno de las promesas de ingresos monetarios, asentadas en el poder de percusión de los discursos sobre el modelo de desarrollo. Las expectativas son analizadas con base en una concepción de la moneda como facto simbólico, político e económico. Ellas son así consideradas como una operación cognitiva históricamente situada que estructura la tripla propiedad funcional de la moneda en ser: i/ una forma simbólica como unidad de cuenta cuya aceptación implica un modelo de desarrollo figurando una visibilidad del largo plazo, (ii) una institución en tanto emanación del poder político propio al régimen monetario y de cambio, cuya credibilidad imprima las previsiones de mediano plazo, (iii) un valor de mercado de los medios de pago fijando a corto plazo aquél de los diversos tipos de ingreso recibidos u devengados. Este análisis muestra que la oposición entre las opciones de un tipo de cambio competitivo en Argentina u apreciado en Brasil, respectivamente asociados a una emisión acomodaticia u restrictiva, traducen modos históricamente específicos de agenciar los grupos de intereses implicando igualmente un bloqueo de la transición a un nuevo modo de desarrollo una vez que permanecen submetidos al poder monetario de los acreedores en el arbitraje entre fiscalidad y endeudamiento público, lo que impide cambiar la estructura de financiamiento y, por tanto, el aumento necesario de la inversión en el sector doméstico.

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