De la presse qui ne se lit que d’une main au panthéon du 9e art : Barbarella, de Jean-Claude Forest

Abstract Fr

Véritable icône de l’histoire de la bande dessinée, Barbarella est quasi essentiellement signalé comme un album publié chez Éric Losfeld (1964). Pourtant, Barbarella a une première vie, comme feuilleton dans un magazine érotique, V Magazine. Dans les notices consacrées à la série, cette parution apparaît comme une incongruité – l’édition par Losfeld étant l’acte qui institue l’œuvre. Outre les sphères de légitimité très différentes dont les deux univers procèdent, le passage des pages d’un magazine grivois à un luxueux album publié par Losfeld s’accompagne de toute une série de déplacements et d’interventions éditoriales que cette communication entend restituer. Alors que dans les pages de V Magazine Jean-Claude Forest avait repris les codes du récit épisodique et des rebondissements feuilletonnesques, Losfeld entreprend de forger, par des interventions minimes, une cohérence interne au récit. Les multiples éditions de ce récit (1964 au Terrain vague, 1968 à l’enseigne de Losfeld, 1974 en « Livre de poche », 1984 chez Dargaud, 1988 par J’ai Lu, et 2014 aux Humanoïdes associés) constituent un observatoire privilégié pour explorer la manière dont les contraintes propres aux supports et leur appropriation par des acteurs divers forgent le sens des œuvres. Outre les retouches évidentes de la nudité, les mises en livre (titraille, chapitrage, mise en couleurs, etc.) encadrent des réceptions très différentes de l’œuvre. Nous nous concentrerons essentiellement sur la publication périodique et les deux premières éditions de l’album, ainsi que les débats qui les ont entourées autour de la délimitation d’un lectorat adulte et de la discrimination d’un espace social de la pornographie.

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