De l’exil à l’asile : témoignages et authenticité culturelle des candidats tibétains au statut de réfugié politique en Belgique1

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December 1, 2007

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Civilisations

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réfugiés asile politique récit authenticité culturelle Tibet refugies political asylum narrative cultural authenticity Tibet


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Isabelle Henrion-Dourcy, « De l’exil à l’asile : témoignages et authenticité culturelle des candidats tibétains au statut de réfugié politique en Belgique1 », Civilisations, ID : 10.4000/civilisations.157


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Cet article consiste en une analyse des témoignages livrés par des réfugiés tibétains lors la procédure d’asile politique qu’ils ont engagée en Belgique. Il est fondé sur une enquête ethnographique de quinze mois et situe les informations recueillies dans le contexte historique, politique et social des différentes trajectoires de migration des candidats. Leur situation se révèle particulière en raison de l’absence d’un pays souverain. Le contenu de ces récits est examiné, ainsi que leur mode d’élaboration : examinateurs belges et candidats tibétains ont dû traverser une longue période d’ajustement culturel, la rhétorique du témoignage politique étant un mode discursif inconnu au Tibet traditionnel, et le régime de la vérité – ou de la réalité de l’expérience – recouvrant des notions différentes de part et d’autre. Aux yeux des candidats eux-mêmes, plus importantes sont les implications idéologiques de ces récits : ceux-ci trahissent le plus souvent l’origine de leurs auteurs, qui sont soit nés au Tibet (acceptables pour l’asile politique) soit nés en exil en Inde ou au Népal (alors rejetés, car considérés comme non soumis à des violations des droits de l’homme). Appuyant sur cette fracture sensible entre Tibétains, l’audition au Commissariat Général aux Réfugiés et aux Apatrides, examen de nature juridique destiné à juger les actions d’un individu et les risques de persécution qu’il encourt, s’est transformée en une évaluation de leur origine géographique et, partant, de leur authenticité culturelle – une authenticité dont chaque groupe se déclare pourtant le parfait détenteur.

This article examines the narratives given by Tibetan refugees in the course of their application for political asylum in Belgium. Based on fifteen months of ethnographic fieldwork, it provides a broad historical, political and social contextualization of their different migration trajectories. The situation of the Tibetan asylum seekers is inflected by the fact that they do not have a sovereign country. The content of their narratives is examined, as well as the modalities of their construction: Belgian interviewers and Tibetan refugees have had to adjust culturally, the rhetoric of political testimony being unknown in traditional Tibet, and the regime of truth – or of what constitutes the reality of experience – being constructed differently on both parts. Yet, the crucial concern of the Tibetans themselves is the ideological implications of these narratives: they most often give away the origin of their authors, who are either born in Tibet (thus qualifying for asylum) or born in exile in India or Nepal (thus rejected because hailing from a country considered free of human rights violations). While pressing on this sensitive fracture between groups of Tibetans, the official audition at the Commissariat has gone from being a legal examination of the deeds of an individual and his risks of persecution, to being an evaluation of the geographic origin of the candidates, hence of their cultural authenticity – the very notion of which each group claims to be the most adequate representative.

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