Entre salariat et indépendance : le statut hybride du représentant de commerce en France de la fin du XIXe siècle au milieu du XXe siècle

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2012

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Jean-Paul Barrière, « Entre salariat et indépendance : le statut hybride du représentant de commerce en France de la fin du XIXe siècle au milieu du XXe siècle », Entreprises et histoire, ID : 10670/1.wlzuzy


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Le commis voyageur, représentant et/ou voyageur de commerce, devenu VRP (voyageur-représentant-placier), longtemps décrié en France, acquiert entre le dernier tiers du XIXe siècle et le milieu du XXe siècle, après d’autres pays européens, mais différemment, un statut plus rigoureusement défini que dans les Codes civils ou de Commerce existants, tout en conservant ses ambiguïtés fonctionnelles et sa polysémie. Le « VRP » s’inscrit dans la dialectique de la professionnalisation et du contrôle national à l’œuvre dans maints métiers « libéraux » au cours du premier tiers du XXe siècle en France, mais il s’en distingue par l’hybridation de son statut – lié d’un côté au développement du salariat (le commis ou voyageur est un employé) et de l’autre à l’alignement international et à la marge de décision que supposent ses missions (le « représentant », souvent multicartes, est travailleur indépendant et se rapproche de l’agent commercial) : meilleure identification (carte d’identité professionnelle délivrée par l’employeur après la loi de 1921 obligeant les représentants à intégrer le registre du commerce créé en 1919), formation (premières écoles spécifiques fin XIXe siècle), défense corporative (des amicales aux syndicats d’employés ou de représentants « libres »), expression propre (journaux et revues professionnels)... Ainsi, la loi française du 18 juillet 1937 sur le statut légal des VRP, consacrant une évolution de plusieurs décennies, leur confère la protection salariale due à l’employé (ainsi le non assujettissement à la patente, l’intégration au Code du Travail contre les renvois abusifs, le recours aux prud’hommes ou les accidents du travail), alors que sa mise en œuvre, réglementaire ou judiciaire (jurisprudence), tout comme les modes de rémunération et le contexte européen (Belgique 1922, Suisse 1930, Luxembourg 1934, Italie 1938...), l’infléchissent dans le sens de l’indépendance. En fait comme en droit, cette profession participe d’une régulation accrue des échanges internationaux à la fin du XIXe siècle qui suppose une reconnaissance des « cartes de légitimation » à l’étranger dans un cadre bi- ou multilatéral (convention douanière de Genève 1923), à défaut d’une véritable carte de VRP internationale. L’étude des VRP est un des moyens de définir le salariat par ses marges, grâce aux sources législatives et juridiques nationales, aux archives professionnelles (Chambres de Commerce de Lille et de Marseille) et syndicales.

Between wage and independence: the composite status of the salesman from the end of the 19th to the mid-20th century FranceThe reputation of the “travelling drummer“ in 19th century France is bad, according to literary sources; its definition in commercial or civil codes is fuzzy, as well as the varied terms used to qualify the whole range of the job. Nevertheless, in France the different parts of this profession successfully unify under the term of VRP (“Voyageur-Représentant-Placier”) between 1880 and 1950, after other European countries, but in a different way. The “VRP” is caught into the logics of professionalisation and national control, as many professional activities in the first third of 20th century France. But the “VRP” is different, because of his hybrid status: on one hand, French salesmen try to link their profession to the development of a wage system (the “commis” or “voyageur” is a clerk) becoming more and more protective in these times; on the other hand, the less dependent status of foreign salesmen, the increasingly international commercial relationships and the special missions given to the “représentant” by his boss, especially abroad, give him a stronger margin of decision (often paid by several employers, he is next to independent actors like commercial agents). The VRPs got a better identification (annual work identity card in 1921 after they had to register in the commercial register created in 1919), a training (first dedicated schools at the end of the 19th century), collective structures (from friendly societies to employees trade unions), and medias (professional press and reviews). The French law of 1937 on the VRP status (extended in 1957 according to the same logic ) is an inheritance from decades of parliamentary discussions, collective bargaining (specially 1936 in Lyons) and struggle, jurisprudence: he is an employee of one or more firms (not paying trading license, protected from abusive dismissal by the labour code, insured in the event of illness and work accidents, judged by mixed institutions such as labour courts). But it appears that the application of this law (whether administrative texts or jurisprudence) strengthened the independent side of the job, as well as the type of wages (“commission”) or the emergence of similar professional status abroad (Belgium 1922, Switzerland 1930, Luxemburg 1934, Italy 1938...) which insisted on salesmen’s personal responsibilities: an impossible compromise? Actually, the VRPs contributed to a better regulation of international trade at the end of 19th century, which implied a reciprocal recognition of accreditation cards (bi- or multilateral conventions, as the Geneva one in 1923), even though no international “VRP” card existed then. Studying VRPs is also one way to define wage earning by its margins during the raise of “the wage-earning society” (Robert Castel), with the help of national sources (archives of French Parliament and Justice), 19th century dictionaries and press, professional (trade-unions) and local archives (Lille and Marseille Chambers of Commerce).

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