Spiritual direction in Nineteenth-Century France (1850-1914)A contribution to gender and religious studies La direction de conscience au XIXe siècle (France, 1850-1914)Contribution à l'histoire du genre et du fait religieux En Fr

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September 29, 2017

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info:eu-repo/semantics/OpenAccess


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religion catholicism gender genre catholicisme religion France

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Caroline Muller, « Spiritual direction in Nineteenth-Century France (1850-1914)A contribution to gender and religious studies », Le serveur TEL (thèses-en-ligne), ID : 10670/1.yzr22b


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Abstract En Fr

Spiritual direction is a Catholic practice which regained currency in the second half of the nineteenth century: women and men would go through ther lives and the movements of their souls with their director, with moral improvement and spiritual progression in mind. The Catholic Church established this practice as one of the vehicles for the transmission of a system of values which puts women at the heart of moral regeneration in France, by turning them into agents of conversion of their families. The resurgence of spiritual direction thus constitutes a pastoral response to the Catholic Church’s project to reclaim the French society, in times when its prerogatives met frequent protest. Yet, the directees’ projects cannot be limited to their directors’: spiritual direction grants access to practical and symbolic resources aiming at adjusting gender norms. The director is also solicited by couples from the French elite to be the go-between and referee of their conjugal life, with the greatest discretion as for their exchanges. The director’s role thus largely exceeds mere control of devotion practices, even though devotional manuals state this as a director’s main function. Even though directors go on fulfiling such a spiritual supervision until the 1880s, the directees’ expectations then bend toward a less spiritually-charged support, leading to conflicts. Such a transformation of the practice of spiritual direction must be linked to the general evolution of “technologies of the Self” (Foucault) and, especially, to the development of psychological medicine.

La direction de conscience est une pratique qui connaît un nouveau succès en France dans les premières décennies du XIXe siècle. Elle met en scène un directeur de conscience qui donne des conseils à une personne dirigée, dans le but de l’aider à progresser dans sa vie morale et spirituelle. Cet échange est oral ou épistolaire, et concerne des thématiques variées : la famille, la vie quotidienne, les pratiques de piété, les lectures. Cette thèse mobilise les correspondances « de direction » pour comprendre la façon dont cette pratique de soi façonne les subjectivités des personnes et leur perception des rôles de genre. Cette recherche s’inscrit ainsi dans plusieurs champs : histoire des femmes et du genre, histoire du fait religieux, histoire de la famille et des sexualités. Elle interroge ces différentes historiographies en analysant les conversations confidentielles, protégées par le secret spirituel, qui se déploient dans la direction de conscience.L’historiographie de l’histoire des femmes et du fait religieux a beaucoup insisté sur la « féminisation du catholicisme » au XIXe siècle. Ce motif historiographique est aujourd’hui revisité et approfondi, et les lettres de direction apportent de nombreux éclairages. L’Église prend acte de la répartition différenciée des rôles de genre dans la famille pour développer une stratégie fondée sur les mères et épouses. Ces dernières sont invitées à se comporter comme des missionnaires dans leur famille et à convertir leurs enfants et leurs maris. Les directeurs guident cette reconquête de la société de l’intérieur. Cependant, la direction de conscience n’est pas seulement la courroie de transmission du projet pastoral de l’Église : les femmes dirigées en profitent pour aménager des espaces de discussion des normes de genre. Cette mission de conversion se transforme alors en discours de contestation du pouvoir excessif des maris et des pères. De même, elles obtiennent le droit d’écrire et de publier des ouvrages lorsqu’elles parviennent à convaincre leur directeur que leur objectif est de participer à la reconquête des âmes. Pour saisir ce dialogue entre directeur et femmes dirigées, il convient d’adopter une approche intersectionnelle qui prêtre attention au poids des capitaux économiques détenus par ces femmes des élites. En effet, le rapport de force peut être défavorable au directeur lorsque ses projets dépendent des subsides charitables accordés par les dirigées. La « féminisation » des pratiques catholiques s’explique par les ressources que les femmes peuvent trouver dans la pratique religieuse au sens large, ressources bien identifiables dans les lettres de direction : le droit d’écrire, de parler de soi, de dénoncer les contraintes domestiques, d’échapper au poids des convenances. En retour, à bien observer les lettres de direction des hommes dirigés, on comprend que des pratiques catholiques trop visibles constituent une menace pour la réputation ; les conséquences peuvent être professionnelles (être écarté de certains postes) et même identitaires : ne plus être perçu « comme un homme » professant autonomie et indépendance.Le deuxième apport principal de ce travail concerne l’histoire de la famille, du couple et des sexualités. Les échanges de direction, protégés par le secret, donnent à lire l’intimité des foyers et des chambres conjugales. On y découvre la façon dont les femmes dirigées perçoivent et subissent la sexualité conjugale et les stratégies qu’elles tentent de mettre en place pour y échapper : solliciter l’intervention du directeur de conscience auprès du mari. Face à cela, les directeurs sont là pour rappeler le dogme de l’Église catholique en matière de procréation, et se heurtent à la fin du siècle à des résistances de plus en plus affirmées de la part de dirigé•es qui souhaitent limiter les naissances. Jusqu’à la fin du siècle cependant, le directeur de conscience apparaît comme un médiateur incontournable de ces couples catholiques des élites qui le consultent en cas de conflits conjugaux ou familiaux. Du côté de l’histoire des représentations de la famille cette fois, les attaques anticléricales menées contre la direction de conscience révèlent les craintes liées à l’organisation des rapports de genre de la société post-révolutionnaire. Le Code Civil de 1804 enracine le pouvoir des maris sur leurs femmes et la nécessaire soumission de ces dernières : le mari est le roi dans son foyer. Dans ce contexte, le directeur de conscience est une figure dangereuse car il ne s’inscrit par dans un ordre de genre fondé sur le mariage et la famille. On l’accuse de miner l’autorité du mari. Une approche de genre est ainsi fondamentale pour comprendre les soubassements théoriques de la vigueur de l’anticléricalisme en France à cette période.Au total, ce travail invite à relire l’articulation entre genre et catholicisme, à identifier les espaces de construction des subjectivités offerts par le dialogue avec le directeur au XIXe siècle, entre rappel permanent des normes et possibilité de les aménager, de les saper de l’intérieur. Cette pratique spirituelle de soi, fondée sur l’écriture, ouvre un espace d’agentivité. La notion de genre ainsi permet d’éclairer tout à la fois les rapports de force (directeur/dirigé•es, mari/femme), les usages stratégiques des rôles (s’appuyer sur les mères pour convertir une société), les motivations sociales des pratiques religieuses.

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