La dernière migration des Indiens houmas

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Date

July 1, 2015

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Collection

ELOHI

Organization

OpenEdition


Keywords

entropie résilience catastrophe écocide déterritorialisation Houmas Louisiane entropy resilience catastrophe ecocide deterritorialization Houma Indians Louisiana


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Frédéric Allamel, « La dernière migration des Indiens houmas », ELOHI, ID : 10.4000/elohi.929


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Abstract Fr En

À plusieurs reprises dans leur histoire les Houmas ont fait l’expérience de l’exode, une échappatoire réitérée en réponse aux pressions coloniales. Ce repli stratégique les a progressivement conduits vers les marécages côtiers de Louisiane, un territoire deltaïque aujourd’hui en voie de disparition et qui augure un nouveau départ. Cet espace en péril (érosion accélérée) est en effet le théâtre d’une entropie protéiforme, résultant à la fois des actions humaines (domestication du Mississippi, industrie pétrolière) et de processus naturels (ouragans à répétition), voire hybrides (hausse du niveau des océans) qui se traduisent localement par de multiples catastrophes (Katrina, marée noire) dont les effets cumulatifs annoncent l’effondrement du système au sein duquel opèrent les Amérindiens. Si la résilience caractérise toujours nombre d’acteurs indigènes (transformation de l’architecture, création d’îles flottantes), la déterritorialisation est en cours et, sur mode individualiste, nombreux sont les résidents qui ont déjà pris le chemin de l’exil. Un tel éparpillement spatial ayant la dislocation communautaire pour corollaire constitue une menace au regard du leadership tribal qui craint à terme que ce relâchement du tissu social au sein d’un territoire éclaté ne préside à l’anéantissement du groupe. Afin d’éviter cette alternative mortifère, des stratégies de relocalisation collective se dessinent, sans pour l’instant embrayer sur une gestion effective des flux migratoires. Outre la difficulté à trouver un territoire de substitution susceptible de satisfaire les besoins d’un ensemble tribal fort de 20.000 membres, se pose enfin le problème identitaire lié à toute tentative de reterritorialisation. Mais si se reconstruire à distance du littoral imposerait de facto une nouvelle mutation culturelle (métiers non-traditionnels, savoirs inédits), loin de sonner le glas d’une culture indigène, cette ultime métamorphose pourrait être alors prélude à une vision dynamique et négociée de la tradition, condition sine qua non pour les Houmas de se réinventer afin de perdurer là où l’exode encore indiscipliné voudra bien les mener.

On several occasions throughout their history, the Houmas have experienced the exodus, a repeated escape in response to colonial pressures. This strategic retreat has gradually led them towards the coastal wetlands of Louisiana, a deltaic territory now endangered, which augurs a new departure. This vanishing space (due to accelerated erosion) is indeed the scene of multi-faceted entropy, resulting from both human actions (the taming of the Mississippi River, the oil industry) and natural processes (frequent hurricanes) or a mix of the two (sea-level rise) that translate locally into multiple disasters (Katrina, the oil spill) whose cumulative effects announce the collapse of the system in which Native Americans function. If resilience still characterizes many indigenous actors (as evidenced by an evolving architecture, as well as the creation of floating islands), deterritorialization is underway and, on an individual level, many residents have already taken the path to exile. The tribal leadership perceives such spatial dislocation along with the scattering of the community, as a threat, and fears that the dismembering of the social fabric throughout a disseminated territory may lead to the eradication of the group. To avoid this dull alternative, leaders have designed collective relocation strategies, which haven’t yet produced an effective migration management. Besides the difficulty in finding an alternative land that could satisfy the needs of a 20,000 member-strong tribal entity, there is the problem of identity linked to any attempt toward reterritorialization. But if rebuilding a community away from the coast implies a new cultural mutation (such as non-traditional occupations, or new bodies of knowledge), this doesn’t signify the death of an indigenous culture, as its ultimate metamorphosis could then be a prelude to a dynamic and negotiated take on tradition—a prerequisite for the Houmas to reinvent themselves in order to continue wherever this chaotic exodus will take them.

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