Les corps d’été

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Date

2009

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Mémoires/Culture

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Cairn

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Christophe Granger, « Les corps d’été », Mémoires/Culture, ID : 10670/1.os01wi


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C’est entre 1920 et 1960 que s’inventent, en France, les corps d’été. Alors s’impose, avec la force des évidences naturelles, un répertoire particulier de gestes et de postures légitimes. Une silhouette, aussi, dont il s’agit de maîtriser et de négocier les édits changeants. L’horizontalité publique, le bronzage, le périmètre capricieux des voluptés et l’épreuve des dévoilements sont de ceux-là. Ils inventent de nouvelles compétences et tracent aussi de nouvelles exclusions. Mais ce n’est pas tout. Dans la levée des accoutumances, les corps d’été ont des allures de civilisation suspendue. Ils se font recours contre l’uniformité des existences. Ils font exister un calendrier des rapports à soi qui, entre les plaisirs de l’oubli et ceux des retrouvailles, sacralise la simplicité et l’authenticité de soi. Et puis, par le jeu bien réglé des apparences passagères, ils remodèlent, pour un temps, l’éloquence des appartenances sociales. C’est cette histoire qu’il s’agit de retracer. Celle d’un désordre familier, chaque année recommencé, où tout paraît devoir s’organiser autour du corps, des façons singulières de le porter, de l’habiter et de lui trouver du sens. Pour en rendre compte, il faut renoncer aux illusions de l’imitation sociale qui, gentiment, diffuserait les pratiques nouvelles. Il faut restituer la formation d’une nouvelle table des valeurs sociales qui, célébrant la décontraction, le naturel et le bien-être individuel, mais aussi la variété des expériences et des identités, a rendu possible et plaisante la morale des corps d’été. Ainsi s’éclairent les jeux sociaux considérables dans lesquels sont pris ceux qui s’attachent à fixer la forme légitime de ces corps. Et avec eux, aussi, s’éclaire le chapitre, trop vite oublié, des résistances, des antagonismes et des liesses punitives qui ont si viscéralement tourmenté l’avènement de ce pli annuel. C’est dire que les corps d’été ont une histoire à eux bien plus grande qu’il n’y paraît. Elle permet de saisir l’inscription d’une variation saisonnière des manières d’être et de faire dans les agencements de la société française. Or il ne devrait plus être possible de prétendre savoir comment ce siècle a pu se dérouler sans réfléchir aux désarticulations passagères qui l’ont fait tenir debout. C’est à suivre l’un de ces fils de discontinuité que s’attache cet ouvrage.

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