Introduction. Musique : patrimoine immatériel ?

Abstract Fr En

La musique occupe une place de choix au sein du Patrimoine Culturel Immatériel (PCI) de l’humanité tel que le répertorie l’UNESCO depuis sa Convention de sauvegarde de 2003. Plus largement, au-delà des Nations-Unies, le « patrimoine immatériel » semble être devenu le paradigme dominant dans les actions de patrimonialisation et de valorisation des pratiques musicales à l’échelle internationale. Devant l’ampleur de ce phénomène, il s’agit d’engager une approche transnationale et comparative des rapports entre musique et « patrimoine immatériel ». En s’intéressant aux façons dont cette notion (et/ou l’appareil patrimonial qui l’accompagne) est mise en œuvre, reformulée ou contestée sur le terrain, et à ses interactions avec d’autres catégories et modalités d’action en usage, ce numéro de Transposition propose donc de se demander : que fait le PCI à la musique et, inversement, que fait la musique au PCI ? La majorité des études réunies ici s’intéressent à des pratiques inscrites sur les listes de l’UNESCO, qui font l’objet de programmes de sauvegarde entamés depuis plusieurs années déjà. Ces situations « post-patrimoniales » y sont examinées dans leur diversité. D’autres articles nous plongent dans le vif du montage d’un dossier d’inscription, et s’interrogent sur les difficultés et les possibles conséquences de la mise en patrimoine d’une pratique musicale. Certaines des pratiques étudiées ne sont pas candidates auprès de l’UNESCO, mais sont inscrites dans des régimes de patrimonialisation locaux qui reprennent les désignations et certains modes d’action et outils afférents au PCI. Enfin, la voix est donnée à des actions de patrimonialisation distinctes ou contestataires. La singularité de la musique au sein du PCI s’esquisse alors sur trois axes principaux : celui de l’« immatérialité » de la musique prise dans ces processus de patrimonialisation ; celui des rapports spécifiques qui s’y articulent entre musique, politique et territoire, notamment au regard de pratiques subalternes ; enfin, celui du caractère performatif des constructions patrimoniales en jeu, saisies comme des fictions opératoires.

Music holds a key place in the Intangible Cultural Heritage (ICH) of humanity as inventoried by UNESCO since its 2003 Convention for the Safeguarding of the ICH. More broadly, beyond the United Nations, “intangible heritage” seems to have become the dominant paradigm in processes of heritagisation and recognition of musical practices at the international level. Given the vast scope of this phenomenon, the aim here is to initiate a transnational, comparative approach to the relations between music and “intangible heritage”. Looking at the ways in which this notion (and/or the heritage apparatus that comes with it) is implemented, reformulated or contested in the field, and at its interactions with other categories and modes of action in use, this issue of Transposition invites us to ask: what does ICH do to music and, conversely, what does music do to ICH? Most of the studies assembled here deal with practices inscribed on the UNESCO lists, which are the subject of safeguarding programmes already in effect for some years. These “post-heritage” situations are examined in their diversity. Other articles plunge us into the process of preparing an ICH application, piercing straight to the difficulties and potential consequences of heritagising a musical practice. Some practices covered here are not candidates for the UNESCO lists but are engaged in local heritagisation systems that use the designations and some of the tools and modalities of action of ICH. Finally, several articles give voice to heritagisation actions with a separate approach or used as a form of protest. The singularity of music within ICH can be summed up in three recurring points: the “intangibility” of music caught up in these heritagisation processes; the specific intersections between music, power dynamics and territory in this context, particularly in regard to subaltern practices; and the performative nature of the heritage constructions at play, conceived as operative fictions.

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